Iran : Téhéran a reçu la lettre de Vance, Trump menace d'une frappe après les midterms, l'Europe doit peser avant
L'Iran confirme avoir reçu une lettre du vice-président américain JD Vance qui ouvre la porte à des négociations, tandis que Donald Trump prépare ses alliés du Golfe à une nouvelle campagne militaire après le 3 novembre. Pour la France et l'Europe, exposées au choc énergétique, c'est le moment de faire gagner la diplomatie.

L'Iran a confirmé jeudi soir avoir reçu une lettre du vice-président américain JD Vance, sans y avoir encore répondu, selon l'agence semi-officielle Tasnim citée par Reuters. Dans le même temps, Donald Trump laisse entendre qu'une nouvelle opération militaire pourrait suivre les élections de mi-mandat du 3 novembre. Entre ces deux signaux, la fenêtre diplomatique est étroite. L'Europe, qui paie déjà cette guerre au prix de l'énergie, a tout intérêt à ce qu'elle ne se referme pas.
Les faits
D'après le Wall Street Journal et le New York Times, repris par Al Jazeera et Euronews, JD Vance a écrit à Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. La lettre, transmise dimanche par des médiateurs qataris selon Al Jazeera, n'a pas été rendue publique. Elle porterait sur un cadre de négociation plutôt que sur des conditions de paix précises. Selon Axios, Vance y écrit que toute discussion visant à éviter des frappes américaines implique d'aborder le programme nucléaire. Le New York Times évoque une rencontre prochaine, conduite par Vance, au Qatar ou en Turquie.
Les versions divergent sur l'origine de la démarche. Le Wall Street Journal affirme que Donald Trump l'a demandée. Le président l'a contesté : selon Reuters, il a expliqué que son vice-président lui avait demandé son avis et que l'initiative concernait des fournitures médicales. Il a aussi assuré, rapporte Euronews, que Washington ne négociait pas avec Téhéran et que « quelque chose se produira » bientôt. Le Wall Street Journal indique que le chef du commandement central américain, l'amiral Brad Cooper, lui a présenté des options militaires à la Maison-Blanche, et que les alliés du Golfe ont été invités à se préparer à une campagne brève et intense après le scrutin.
Sur le terrain, la tension ne retombe pas. Les Gardiens de la révolution affirment que plusieurs navires, trois ou quatre selon leurs déclarations successives, ont pris feu jeudi après avoir heurté des mines au sud du détroit d'Ormuz, sur une route qu'ils jugent non autorisée, rapporte l'AFP. L'agence maritime britannique UKMTO a signalé un navire en feu au large d'Oman, sans confirmer le lien avec ces annonces. Le sort des équipages restait inconnu jeudi.
Les positions en présence
À Téhéran, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a répété selon Reuters qu'aucun progrès n'était possible sans l'acceptation des sept conditions iraniennes, parmi lesquelles la levée du blocus américain des ports iraniens et des sanctions sur le pétrole. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, affirme de son côté que son pays continue de laisser une chance à la diplomatie, tout en se disant prêt à se défendre.
À Washington, les partisans de la fermeté font valoir que seule la pression militaire a amené l'Iran à discuter, et qu'un pays qui détiendrait environ 440 kilos d'uranium enrichi à 60 %, selon les estimations reprises par la presse, ne peut être laissé sans contrôle. L'argument est sérieux : un Iran doté de l'arme nucléaire menacerait toute la région, et l'Europe avec elle.
Les Européens ont choisi une autre voie. Le 23 octobre à Istanbul, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie, aux côtés de la Turquie, de l'Arabie saoudite, du Pakistan et de l'Égypte, ont appelé les belligérants à cesser les combats, selon l'AFP. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, y a mis en garde contre une nouvelle escalade.
Des conséquences très lourdes sur le prix des hydrocarbures — Jean-Noël Barrot, à Istanbul
L'analyse
La lettre de JD Vance ne garantit rien. Mais c'est le premier signe depuis des semaines qu'une partie de l'administration américaine cherche une issue négociée. Le Wall Street Journal rapporte d'ailleurs que le vice-président doutait en privé de l'intérêt de prolonger la guerre. Ce signal fragile mérite d'être encouragé, plutôt que d'être écrasé sous le calendrier électoral américain.
Frapper de nouveau pour arracher un accord, c'est parier qu'une campagne présentée comme courte le restera. Rien ne l'assure. L'Iran a prévenu, selon Al Jazeera, qu'il viserait cette fois des sites pétroliers du Golfe, des câbles sous-marins et des centres de données. Pour la France et ses voisins, ce serait un nouveau choc énergétique à l'entrée de l'hiver, au moment où les ménages modestes peinent déjà à se chauffer et à faire le plein. Les premières victimes d'une escalade ne sont ni à Washington ni à Téhéran : ce sont les civils iraniens, les marins pris au piège dans le détroit, puis les foyers les plus fragiles partout ailleurs.
Fidèle à une tradition d'indépendance que le général de Gaulle et Jacques Chirac ont incarnée, la France n'a pas à choisir entre l'alignement sur Washington et la complaisance envers Téhéran. Jean-Noël Barrot avait fixé au printemps une ligne claire sur RTL : aucune levée de sanctions tant qu'Ormuz reste bloqué, rappelle Ici Beyrouth. Cette fermeté est légitime. Elle doit maintenant s'accompagner d'une offre crédible. En avril, l'Élysée avait réuni près d'une cinquantaine de pays autour d'une mission maritime « strictement défensive » pour rouvrir le détroit. Ce capital diplomatique existe ; il faut s'en servir.
Et maintenant ?
Paris pourrait proposer, avec Berlin, Londres et Rome, d'accueillir ou de garantir les discussions annoncées, en appui des médiateurs qataris et turcs. L'Europe pourrait mettre sur la table un mécanisme simple : retour d'inspecteurs internationaux sur les sites nucléaires bombardés, comme le suggèrent les médiateurs selon Axios, en échange d'un allègement progressif et réversible des sanctions, lié à la réouverture effective d'Ormuz. Elle devrait aussi dire clairement qu'une frappe lancée avant d'avoir épuisé la voie diplomatique s'écarterait de l'esprit de la Charte des Nations unies.
Reste une question que les capitales européennes ne peuvent plus éluder : se contenteront-elles de commenter la décision de Donald Trump après le 3 novembre, ou sauront-elles peser avant ?
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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