ONU : la candidature émiratie bouscule la succession de Guterres, la France doit tenir la ligne du droit
Les Émirats arabes unis ont présenté la candidature de Lana Nusseibeh au secrétariat général des Nations unies, alors que six votes indicatifs n'ont départagé personne. Une diplomate chevronnée, mais un pays mis en cause au Soudan : membre permanent du Conseil de sécurité, la France aura son mot à dire.

Les faits
La course à la succession d'António Guterres, dont le second mandat s'achève le 31 décembre, a pris un tour inattendu. Le 21 octobre, les Émirats arabes unis ont officiellement présenté la candidature de Lana Nusseibeh au poste de secrétaire général des Nations unies, rapporte le Times of Israel. Âgée de 48 ans, Lana Nusseibeh a représenté son pays auprès de l'ONU de 2013 à 2024 avant de devenir ministre d'État aux Affaires étrangères. Élue, elle serait la première femme et la première personne d'origine palestinienne à diriger l'organisation.
Cette candidature arrive alors que la procédure est bloquée. Selon l'agence AP, reprise par ABC News, le sixième vote indicatif du Conseil de sécurité, le 16 octobre, n'a dégagé aucun candidat soutenu par les cinq membres permanents. La Costaricienne Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, est arrivée en tête avec neuf avis favorables, mais deux membres permanents se sont prononcés contre elle, comme contre l'Argentin Rafael Grossi, directeur de l'AIEA, et la Guyanienne Carolyn Rodrigues Birkett. Le Sénégalais Macky Sall s'est depuis retiré, indique le site spécialisé PassBlue. Le vote suivant, prévu le 23 octobre, a été reporté à la semaine prochaine, d'après l'AFP. La candidate émiratie doit être présentée aux États membres le 27 octobre, selon la porte-parole de la présidence de l'Assemblée générale citée par La Voce di New York.
Le cadre est fixé par l'article 97 de la Charte, rappelle l'ONU : l'Assemblée générale nomme le secrétaire général sur recommandation du Conseil de sécurité, où chacun des cinq membres permanents, dont la France, dispose d'un droit de veto.
Les positions en présence
Les partisans de Lana Nusseibeh avancent des arguments sérieux. Diplomate expérimentée, elle a présidé le Conseil de sécurité lorsque son pays y siégeait et passe à New York pour intelligente et pragmatique, selon RFI citée par l'AFP. Les Émirats entretiennent des relations de travail étroites avec les cinq membres permanents, relève le Times of Israel, ce qui pourrait faire de leur candidate une figure de compromis, alors que l'administration Trump aurait, selon ce même journal, émis des réserves sur tous les autres prétendants. Des responsables américains ont dit à AP qu'aucun candidat n'était idéal à leurs yeux et que leur priorité était une réforme profonde de l'ONU. La candidate résume ainsi sa démarche :
C'est le moment d'agir avec davantage d'urgence — Lana Nusseibeh
Les objections sont tout aussi sérieuses. La première tient à la rotation régionale : selon cette règle non écrite, le poste revient cette fois à l'Amérique latine et aux Caraïbes, d'où viennent la plupart des autres candidats, rappelle le Jerusalem Post. La seconde concerne le Soudan. Les experts de l'ONU chargés de surveiller les sanctions ont jugé crédibles les accusations de soutien émirati aux Forces de soutien rapide, elles-mêmes accusées de crimes de guerre, rapporte le Times of Israel. Abou Dhabi dément. Interrogé par PassBlue, le chercheur de Yale Nathaniel Raymond évoque un risque de conflit d'intérêts. L'AFP rappelle aussi que les Émirats s'étaient abstenus en février 2022 lors du vote du Conseil condamnant l'invasion de l'Ukraine. De son côté, Lana Nusseibeh a indiqué à Reuters s'être mise en congé de ses fonctions et vouloir faire de la crise humanitaire soudanaise une priorité.
L'analyse
Les arguments du pragmatisme méritent d'être entendus. Une ONU sans chef au 1er janvier serait pire qu'un choix imparfait. Et rien n'interdit qu'une personnalité issue d'un État du Golfe porte une parole universelle : l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali a dirigé l'organisation de 1992 à 1996.
Mais le secrétaire général n'est pas un médiateur parmi d'autres. Il incarne la Charte et doit pouvoir dire le droit à tous, y compris aux puissants et à ceux qui l'ont soutenu. Or le Soudan est l'une des pires catastrophes humanitaires du moment : selon Human Rights Watch, 14 millions de personnes y ont quitté leur foyer. L'ONG a documenté en juillet le passage par les Émirats de combattants colombiens envoyés au Darfour, ainsi que le détournement vers les paramilitaires d'équipements européens, dont un système français. Abou Dhabi nie toute implication. Il n'appartient pas à un éditorialiste de trancher ce qui relève des enquêtes, mais les États ne peuvent pas faire comme si la question n'existait pas.
C'est là que la France est attendue. Human Rights Watch lui reproche de ne jamais nommer les Émirats dans ses déclarations sur le Soudan et de continuer à leur livrer des armes. Paris a des intérêts réels à Abou Dhabi et personne ne lui demande de les sacrifier. Mais la tradition gaullienne, c'est l'indépendance de jugement, y compris envers les partenaires. Une France qui veut une ONU forte ne peut ni soutenir ni écarter une candidature sur la seule foi d'un calcul bilatéral, ni laisser Washington choisir seul au nom de sa réforme. Le multilatéralisme n'est pas un décor : c'est la protection des pays qui n'ont pas de veto, et souvent des civils qui n'ont plus rien.
Conclusion
Le 27 octobre, les États membres pourront interroger la candidate émiratie. La France devrait demander que cet échange soit public et complet, et y poser clairement la question du Soudan, comme elle le ferait pour n'importe quel autre prétendant. Elle pourrait aussi défendre une règle simple : avant toute recommandation du Conseil, chaque candidat encore en lice présente publiquement ses engagements pour la paix, le développement et le respect du droit international. La vraie question n'est pas de savoir si une diplomate émiratie peut diriger l'ONU, mais si l'ONU saura choisir son chef en pleine lumière plutôt que dans l'arrière-salle des cinq grands.
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
L'auteur
La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.
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