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Sahel : la guerre entre jihadistes rivaux s'étend, l'Europe ne peut plus détourner le regard

Dans le nord du Burkina Faso, l'État islamique et le Jnim, affilié à Al-Qaïda, se livrent une guerre ouverte qui aurait fait plusieurs centaines de morts début octobre. Une crise qui jette des millions de civils sur les routes et qui engage directement la responsabilité de la France et de l'Europe.

Par La Rédaction LSRPublié le 21 octobre 2026 à 14:34· 5 min de lecture
Carte de l'activité recensée du Jnim au Sahel central (Burkina Faso, Mali, Niger), de janvier à juillet 2025.
Carte de l'activité recensée du Jnim au Sahel central (Burkina Faso, Mali, Niger), de janvier à juillet 2025. — Crédit : Photo : Julesdhl, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Dans le nord du Burkina Faso, à quelques dizaines de kilomètres des frontières malienne et nigérienne, deux armées jihadistes se font désormais la guerre à découvert. La branche sahélienne de l'État islamique et le Jnim, affilié à Al-Qaïda, se disputent la même terre, les mêmes routes et les mêmes recrues. Pendant ce temps, les populations civiles paient le prix d'une violence qui ne cesse de s'étendre, et l'Europe regarde ailleurs.

Les faits : une bataille meurtrière

Selon RFI, les affrontements entre les deux groupes ont repris avec intensité depuis le mois d'août, le long de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso. Le combat le plus violent aurait eu lieu le vendredi 9 octobre près de Ganadaouri, dans la province burkinabè de l'Oudalan. Plusieurs centaines de morts seraient à déplorer, mais aucun bilan indépendant et fiable n'existe à ce jour.

L'État islamique au Sahel affirme dans son organe de propagande, Al-Naba, avoir tué plus de 400 combattants du Jnim. Ce chiffre n'est pas vérifié, et un chercheur interrogé par RFI juge ces bilans mensongers. D'après Mondafrique, le Jnim aurait remporté une première manche à Tessit, côté malien, le 7 octobre, avant de subir ce revers deux jours plus tard. Le même média évoque des renforts venus du Nigeria du côté de l'État islamique, ce qui reste à confirmer. Le Jnim, lui, n'a pas communiqué officiellement.

Ce mercredi, Le Monde souligne que cette guerre entre organisations rivales, ouverte depuis 2019, prend de l'ampleur, et que l'épisode du 9 octobre pourrait être le plus meurtrier de ce conflit dans le conflit.

Un contexte malien profondément instable

Ces combats s'inscrivent dans une année particulièrement violente. En avril, le Jnim et les séparatistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) avaient mené des attaques coordonnées au Mali, qui avaient notamment coûté la vie au ministre de la Défense, rappelle Al Jazeera. Le 6 octobre, l'armée malienne est revenue à Kidal, que le FLA avait prise en avril, après une campagne aérienne et terrestre appuyée par l'Africa Corps russe. Le FLA parle d'un retrait « stratégique et contrôlé ».

Selon Mondafrique, les frappes de l'armée malienne et de ses alliés russes contre les positions du Jnim auraient indirectement profité à l'État islamique. L'enjeu de cette lutte dépasse l'idéologie : il s'agit du contrôle des axes par lesquels passent le carburant, l'or artisanal et différents trafics.

Les positions en présence

Pour les juntes au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey, réunies dans l'Alliance des États du Sahel, la reprise de Kidal prouve que le choix du partenariat avec Moscou, après le départ des forces françaises, porte ses fruits. Certains observateurs estiment aussi que des jihadistes qui s'entretuent sont autant de combattants en moins contre les armées nationales. L'argument mérite d'être entendu : affaiblis par leur rivalité, les deux groupes pourraient perdre en capacité offensive.

Mais cette lecture a ses limites. Selon un chercheur de l'Irsem cité par RFI, le Jnim se montre plus politique et plus ouvert à la négociation, tandis que l'État islamique au Sahel suit une ligne plus intransigeante et plus violente, y compris envers les civils. Si le second l'emporte, le Sahel ne sera pas plus sûr, il pourrait l'être moins. Interrogée par Al Jazeera, une analyste de Control Risks juge d'ailleurs la reprise de Kidal plus « symbolique » que « décisive ».

L'analyse : une crise humaine que l'on ne peut plus ignorer

Derrière les communiqués militaires, il y a des chiffres qui devraient alerter tous les gouvernements européens. Selon le HCR, cité par ONU Info le 9 octobre, environ 4 millions de personnes sont déplacées de force au Burkina Faso, au Mali et au Niger, deux fois plus qu'en 2020. Plus de 818 000 sont réfugiées ou demandeuses d'asile. Le plan de réponse du HCR pour le Sahel n'est financé qu'à 27 %, ce qui contraint l'agence à faire des choix difficiles quant aux services essentiels. L'OCHA, de son côté, chiffrait au printemps à 11,4 millions le nombre de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire critique dans cette zone.

Pour la France et l'Europe, l'indifférence serait une faute. D'abord parce que la souveraineté des États sahéliens, que nous devons respecter, n'efface pas le devoir de solidarité envers leurs peuples. Ensuite parce que, selon Mondafrique, l'État islamique chercherait à ouvrir un corridor vers le golfe de Guinée : la stabilité du Bénin, du Togo ou du Ghana, partenaires proches de l'Europe, est en jeu. Enfin parce que chaque coupe dans l'aide humanitaire nourrit la misère, le recrutement armé et, à terme, les départs forcés.

Le départ des soldats français a mis fin à une époque. Il ne doit pas mettre fin à notre responsabilité. Une politique gaullienne, fondée sur le respect des nations et le multilatéralisme, consisterait à ne pas confondre les régimes et les peuples, et à agir là où notre action reste légitime : l'aide humanitaire, le soutien aux pays côtiers, l'appui aux médiations régionales et onusiennes.

Conclusion : refinancer l'urgence, préparer le dialogue

Une proposition simple peut guider l'action européenne : porter rapidement le financement des plans humanitaires des Nations unies pour le Sahel à un niveau qui permette de maintenir les services essentiels, et faire de la prévention dans les pays du golfe de Guinée une priorité de la politique étrangère de l'Union. La France, membre permanent du Conseil de sécurité, a les moyens de porter cette initiative.

La question reste ouverte : l'Europe saura-t-elle s'intéresser au Sahel autrement que lorsque ses soldats y sont déployés ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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