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Succession de Guterres, suite : Washington pousserait Orbán vers l'ONU, la France doit défendre l'indépendance de l'institution

Selon le Wall Street Journal, l'administration Trump encouragerait Viktor Orbán à briguer le secrétariat général des Nations unies, avec l'appui espéré de Moscou et de Pékin. Alors que la sélection est dans l'impasse, la France, qui dispose d'un droit de veto, doit dire clairement ce qu'elle attend du futur chef de l'ONU.

Par La Rédaction LSRPublié le 26 octobre 2026 à 13:44· 4 min de lecture

Les faits

Selon le Wall Street Journal, dont les informations ont été reprises dimanche et lundi par Euronews et Brussels Signal, des responsables de l'administration Trump encourageraient Viktor Orbán à briguer le poste de secrétaire général des Nations unies. Le quotidien américain, qui s'appuie sur des sources dans trois pays, évoque une candidature commune des États-Unis, de la Russie et de la Chine. Ni la Maison-Blanche, ni Moscou, ni Pékin n'ont confirmé ces informations, et aucun État n'a à ce jour présenté officiellement l'ancien Premier ministre hongrois.

D'après Euronews, aucune décision définitive n'aurait été prise, et Viktor Orbán ne se lancerait que s'il était assuré de l'emporter. Brussels Signal rapporte qu'un responsable du département d'État estimerait qu'il pourrait réunir 8 des 15 voix du Conseil de sécurité, voire 10. Il en faut 9, sans veto d'aucun des cinq membres permanents. Le Royaume-Uni et la France n'ont pas fait connaître leur position, selon le même média, et chacun pourrait bloquer une telle candidature.

Le calendrier est serré. Le second mandat d'António Guterres s'achève le 31 décembre. Or la sélection est dans l'impasse : lors du sixième vote indicatif du Conseil, le 16 octobre, tous les candidats ont reçu au moins un avis défavorable d'un membre permanent, d'après les résultats publiés par le site spécialisé PassBlue. La Costaricienne Rebeca Grynspan arrive en tête avec 9 avis favorables, mais aussi 5 défavorables, dont 2 venant de membres permanents. L'Argentin Rafael Grossi, directeur de l'AIEA, et la Guyanienne Carolyn Rodrigues Birkett suivent avec 8 avis favorables chacun. Selon Security Council Report, les pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont rappelé le 13 octobre qu'ils souhaitaient voir l'un des leurs accéder au poste. Depuis, les Émirats arabes unis ont annoncé le 21 octobre la candidature de leur ministre d'État Lana Nusseibeh, et le vote indicatif prévu le 23 octobre a été reporté, selon PassBlue.

Un parcours qui pose question

Viktor Orbán a perdu le pouvoir en avril, après seize ans à la tête de la Hongrie, face au parti Tisza de Péter Magyar. Son action a été marquée par de longs conflits avec l'Union européenne sur l'État de droit, les migrations et le soutien à l'Ukraine. Bruxelles avait gelé une partie des fonds européens destinés à Budapest ; la Commission en a depuis débloqué environ 16,4 milliards d'euros, selon Brussels Signal.

Depuis l'alternance, la justice hongroise enquête sur d'anciens membres de son gouvernement. Euronews indique que deux anciens ministres et l'ancien gouverneur de la banque centrale ont été arrêtés. Aucune procédure ne vise à ce stade Viktor Orbán lui-même, et il bénéficie de la présomption d'innocence. Le média d'investigation VSquare avait avancé en mai qu'un poste onusien pourrait l'intéresser en raison de l'immunité diplomatique qu'il confère ; c'est une hypothèse, que son entourage n'a pas commentée.

Les arguments en présence

Les partisans de cette option font valoir un argument de réalisme. Un secrétaire général soutenu à la fois par Washington, Moscou et Pékin aurait, en théorie, l'oreille des trois puissances qui paralysent le Conseil depuis des années. Le comité éditorial du Wall Street Journal, très critique envers António Guterres, pose d'ailleurs ouvertement la question : pourquoi pas lui ? Dans une organisation affaiblie et à court d'argent, un dirigeant accepté par les grands pourrait débloquer certains dossiers.

Le même comité éditorial reconnaît pourtant qu'il existe « plenty of reasons », de nombreuses raisons, de s'y opposer, et redoute qu'il ne serve d'avocat à Vladimir Poutine et à d'autres dirigeants autoritaires. Ses opposants rappellent aussi que la Charte des Nations unies, en son article 100, interdit au secrétaire général de solliciter ou de recevoir des instructions d'un gouvernement. Un candidat choisi d'abord pour sa proximité avec trois capitales partirait avec un lourd soupçon de dépendance.

L'analyse : l'indépendance de l'ONU n'est pas négociable

La tradition gaulliste a toujours défendu un multilatéralisme exigeant : la France siège au Conseil de sécurité non pour arbitrer des marchandages entre puissances, mais pour défendre le droit international. Confier le secrétariat général à une personnalité dont le bilan a été jugé contraire à l'État de droit par les institutions européennes enverrait un signal désastreux aux défenseurs des droits humains, aux peuples en guerre et aux pays du Sud qui attendent de l'ONU qu'elle les protège.

Cette option pose aussi un problème européen. L'Union a mis des années à obtenir des garanties de Budapest ; voir l'ancien dirigeant hongrois porter la voix de la communauté internationale, avec le soutien du Kremlin, fragiliserait la position européenne sur l'Ukraine. Elle reviendrait enfin à ignorer le processus en cours, qui a vu des candidats auditionnés publiquement, et la demande légitime de l'Amérique latine.

Il faut toutefois rester prudent. Il ne s'agit à ce stade que d'informations de presse fondées sur des sources anonymes. Mais le blocage actuel, que chacun des membres permanents a contribué à créer, ouvre la porte à ce genre de solution de dernière minute.

Conclusion

La France dispose d'un droit de veto ; elle a aussi une responsabilité. Plutôt que d'attendre une candidature officielle, Paris pourrait dire dès maintenant, avec ses partenaires européens, quels critères elle jugera indispensables : indépendance, attachement à la Charte, respect des droits humains. La question est simple : les grandes puissances veulent-elles un secrétaire général, ou un porte-parole ?

Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.

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L'auteur

La Rédaction LSR — La rédaction de LSR Media.

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